Effectuer les développements informatique de l´entreprise à l´étranger pour réduire, entre autres, les coûts de main d´oeuvre est une fausse bonne idée. Les économies attendues ne seront pas au rendez-vous. La chronique d´Alain Lefebvre, consultant et conférencier.
Actuellement, l´off-shore est à la mode. Les études foisonnent pour démontrer combien l´idée est bonne. Pensez donc, Siemens estime que le coût horaire d´un ingénieur logiciel est de 80 euros en Allemagne alors qu´il est à 30 euros en Pologne et seulement à 24 euros en Inde. Avec des chiffres pareils, pas étonnant de voir les centres de développement fleurir à Bangalore ! Malheureusement, il faut bien dire que l´enthousiasme en faveur de l´off-shore risque d´être de courte durée... La mode actuelle de l´off-shore est typiquement une fausse piste pour réduire les coûts des projets informatiques. L´utilisation de l´off-shore est l´ultime avatar du "house programming". Dans tous les cas une mauvaise idée.
Un taux d'échec effrayant Initialement, le "house programming" (l´autre nom du "développement maison") existait parce que les entreprises n´avaient pas le choix : les progiciels étaient rares quand ils existaient. Puis, les progiciels se sont multipliés et même généralisés dans certains domaines (ERP) mais ce n´est pas pour autant que les grandes entreprises ont stoppé tous leurs développements... En effet, la mise en place d´un ERP comme SAP s´accompagnait systématiquement d´un intense effort de paramétrage et de personnalisation qui équivalait largement à un projet de développement en tant que tel. Pourquoi les clients s´acharnent-ils à dépenser leur argent dans des efforts de développements coûteux, longs et aléatoires ? Car le taux d´échec - effrayant - de ces projets de "mise en place" d´ERP ou de CRM n´est pas moindre qu´au temps du house programming pur et dur ! La réponse est simple : parce que tout le monde les encourage à continuer !Les éditeurs ont besoin des sociétés de services pour "pousser" leurs solutions : ils encouragent donc cette pratique de la personnalisation, même quand elle pourrait être évitée, c´est-à-dire la plupart du temps. Les consultants/complices expliquent à leurs clients, victimes consentantes, qu´il est vital de procéder à de tels développements puisqu´ils vont en toucher les bénéfices. Les informaticiens en interne encouragent aussi cette démarche car, après tout, cela reste un projet à suivre et cela permet de justifier leur présence. Bref, tout ce petit monde avance la main dans la main puisque le client final n´a pas d´autre choix que de payer. Mais, justement, puisqu´on a seriné à ce client qu´on ne pouvait se passer de développement et donc d´informaticiens, le client se met à chercher des informaticiens moins chers... D´où la quête des contrées lointaines avec leur coût horaire réduit.
Tuer les développements inutiles Hélas, les économies attendues ne seront pas au rendez-vous. Pour une raison bien simple : les projets informatiques, tous les projets informatiques demandent beaucoup de supervision, de coordination et de gestion subtiles des relations humaines. Comment allez-vous procéder à ce délicat dosage quand vos équipes seront à des milliers de kilomètres, à des fuseaux horaires très différents de votre présence au bureau. Sans compter qu´il s´agit de gens culturellement différents (et ça compte aussi, même s´il s´agit toujours d´informaticiens), une dimension difficile à prendre en compte en face à face, alors à distance... Le plus drôle de l´histoire, c´est que les décideurs qui optent pour l´off-shore sont les mêmes qui exigent systématiquement votre présence physique à la moindre réunion, car incapables d´être à l´aise avec les outils de communications modernes !En effet, ce qu´il faut pour réduire les coûts des projets de développement d´applications, ce n´est pas de faire appel à des équipes en Inde ou en Russie (entre autres), mais de développer moins, tout simplement ! Ce qu´il faut, c´est définitivement tuer les développements inutiles, les projets parasites et les personnalisations qui n´ont pas lieu d´être. D´une façon générale, le réflexe de développer soi-même plutôt que d´utiliser (tel quel) ce qui existe est un mauvais réflexe. Développez moins, vous vous porterez mieux !
Alain Lefebvre possède plus de vingt ans d´expérience dans le monde de l´informatique professionnelle. Il a publié de nombreux livres au ton incisif et à la vision pertinente : L´architecture client-serveur, Intranet client-serveur universel, Le triomphe du client léger ou, plus récemment, Le troisième tournant. Après avoir été co-fondateur du Groupe SQLi et directeur de la stratégie d´eForce France, Alain Lefebvre est aujourd´hui consultant et conférencier.
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