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Par

Thierry Lévy-Abégnoli


07/03/2006

Les serveurs lames sur la sellette

Ils ont le vent en poupe. Pourtant, les serveurs lames chauffent et consomment davantage que les systèmes classiques. Lorsqu'ils se multiplient, cela peut poser des problèmes d'alimentation et de climatisation. Il existe des solutions, mais elles sont coûteuses.

Les serveurs lames rencontrent un tel succès qu'ils pourraient bien marginaliser les serveurs classiques. Particulièrement denses, ils permettent, à surface équivalente, de déployer davantage de systèmes dans une salle informatique. Les serveurs classiques s'installent généralement dans des racks de 42 unités maximum. Pour sa part, un châssis de serveurs lames monopolise six unités de 16 lames chez HP et sept unités de 14 lames chez IBM, soit jusqu'à 96 serveurs dans un seul rack ! Heureusement, certains composants, comme l'alimentation ou les commutateurs Ethernet, sont mutualisés.

 

"Mais à surface au sol équivalente, la consommation et la dissipation thermique sont environ deux fois plus élevées qu'avec des serveurs classiques en rack", estime Emmanuel David (photo), directeur technique d'Artful, un prestataire d'hébergement. "Nous louons des salles privatives dans les data centers de Neuf Telecom et Redbus, chez qui nos contrats prévoient une alimentation de 16 ampères par rack. Nous pourrions passer à 32 ampères mais le coût serait trop important. Il nous est donc, pour l'instant, impossible d'installer uniquement des lames dans un rack, ce que nous serions tentés de faire, compte tenu des avantages de ces serveurs". En attendant, la solution consiste à mixer, dans chaque rack, châssis de lames et serveurs classiques.

 

De nouveaux systèmes de refroidissement

 

Compte tenu de la dissipation thermique excessive, Artful pourrait également être amené à revoir son système de ventilation s'il déploie d'autres lames. Actuellement placé sous le plancher, le système de ventilation viendrait alors prendre place entre les baies. Pour répondre à cette demande, les constructeurs de systèmes d'alimentation et de climatisation adaptent leurs offres. Certains produits permettent d'assurer le refroidissement d'un ensemble de baies sur lesquelles sont installés des terminaux de refroidissement reliés à une unité de pompage. Mais des solutions encore plus ciblées peuvent être nécessaires.

 

Emerson Network Power (ENP) propose ainsi un système de deux racks, dont l'un est entièrement dédié à la climatisation avec un circuit d'air en boucle fermée (donc sans eau). L'ensemble est un peu plus haut qu'un rack car la ventilation s'effectue à la fois par le haut et le bas. Une solution plutôt lourde et coûteuse : il faut compter entre 29 000 à 49 000 euros. "Mais lorsqu'un rack est plein de serveurs lames, il est impossible de faire autrement car, avec une ventilation classique par le bas, les serveurs du milieu et du haut chauffent tellement que leur taux de pannes devient rédhibitoire", estime Bertrand Buxman (photo), directeur climatisation de précision chez ENP.

 

HP vient, pour sa part, de lancer une solution à peine plus légère, le Modular Cooling System, qui se place sur le côté du rack, augmentant l'épaisseur de ce dernier de 25 cm. Il s'agit d'un système de refroidissement par eau qui réfrigère l'air entrant dans les serveurs. Son coût n'excède pas 26 000 euros, mais il faut le relier à une unité de refroidissement d'eau (celle du système de climatisation de la salle ou de l'ancien mainframe, par exemple). Ces systèmes semblent chers, mais représentent une alternative à l'augmentation de la surface de la salle informatique, également très coûteuse.

 

Les fabricants de composants et de serveurs réagissent

 

La réponse vient également de l'évolution du matériel. Ainsi, à puissance équivalente, un processeur Opteron d'AMD dissipe environ 30 % de calories en moins qu'un processeur Inter Xeon. Or, les principaux constructeurs de châssis, Dell excepté, proposent des lames à base d'Opteron. Par ailleurs, Intel et AMD intègrent des fonctions permettant de réduire la fréquence du processeur, donc sa consommation électrique, lorsque sa puissance n'est pas pleinement exploitée. Ces fonctions sont pilotées par des logiciels mis à disposition par les fournisseurs de serveurs.

 

"En moyenne, sur des applications de gestion, on parvient à une baisse de 18 % de la consommation, donc de la dissipation thermique", estime Arnaud Jannin (photo), chef de produits serveurs chez HP. Le constructeur propose également une fonction nommée Dynamic Power Saving qui consiste à éteindre successivement jusqu'à quatre blocs d'alimentation, lorsque la puissance n'est pas pleinement utilisée. Le gain calorique moyen est alors de l'ordre de 35 %.

 

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